Déductibilité fiscale des dons aux organisations religieuses

Cette position est soutenue par le Réseau évangélique suisse (SEA-RES), Freikirchen.ch et l’Église adventiste du septième jour.

Les Églises évangéliques et œuvres chrétiennes apportent en Suisse une contribution importante à la cohésion sociale. Elles s’engagent dans l’action sociale, l’intégration, le soutien aux familles et aux jeunes, la coopération internationale ainsi que dans de nombreux domaines du bénévolat. Pourtant, beaucoup de ces organisations sont aujourd’hui confrontées à une importante insécurité juridique concernant la déductibilité fiscale des dons.

Christian Public Affairs (CPA) s’engage donc, aux côtés de Freikirchen.ch, du Réseau évangélique suisse SEA-RES et des Adventistes du septième jour, en faveur d’un traitement cohérent, objectif et équitable des organisations à but religieux ou mixte.

Des pratiques cantonales divergentes créent une insécurité juridique

L’origine du débat politique actuel réside dans les pratiques très différentes — et parfois arbitraires — des cantons concernant la déductibilité fiscale des dons versés à des associations ou fondations poursuivant des buts à la fois cultuels et d’utilité publique.

Alors que certains cantons appliquent des solutions ouvertes et pragmatiques, d’autres adoptent depuis plusieurs années une pratique de plus en plus restrictive. Les Églises évangéliques ainsi que les œuvres chrétiennes à buts mixtes sont particulièrement concernées.

Les divergences ne portent pas seulement sur le traitement fiscal des dons, mais déjà sur la qualification même des organisations : qu’est-ce qui relève de l’utilité publique ? Qu’est-ce qui est considéré comme « cultuel » ? Comment traiter des activités qui comportent à la fois une utilité sociale et des éléments religieux ?

Aujourd’hui, les réponses à ces questions dépendent souvent fortement du canton concerné, voir dans certains cas, de la commune. Cela entraîne une insécurité juridique et des inégalités de traitement.

Des organisations poussées à se dédoubler

Une pratique particulièrement problématique de certains cantons consiste à contraindre de facto les organisations à buts mixtes à créer deux entités juridiques distinctes : une structure reconnue d’utilité publique et une autre à vocation cultuelle.

Cette pratique génère des charges administratives supplémentaires, des coûts plus élevés, des désavantages en matière de prévoyance professionnelle ainsi que des structures parallèles artificielles. Elle complique considérablement le travail de nombreuses œuvres chrétiennes.

Or, le droit fédéral en vigueur n’exige pas une telle séparation organisationnelle. Il devrait suffire que les organisations présentent de manière transparente l’utilisation de leurs fonds et tiennent une comptabilité séparées claire distinguant les activités d’utilité publique des autres activités.

Des activités d’utilité publique qualifiées trop rapidement de « cultuelles »

Un autre problème central réside dans le fait que certaines autorités classent des activités dans le domaine du « culte » dès qu’elles comportent le moindre élément religieux.

Cela concerne par exemple des activités sociales ou caritatives d’organisations chrétiennes dans lesquelles un accompagnement spirituel, la prière ou une communication religieuse font partie de l’offre proposée. Au lieu d’évaluer l’activité dans son ensemble, certaines autorités remettent déjà en cause son caractère d’utilité publique en raison de références religieuses isolées.

Par exemple, un canton refuse la déductibilité des dons pour des activités de camps pourtant porteuses du label Jeunesse+Sport et, à ce titre, bénéficiant de subventions publiques, au seul motif que ces camps comportent également une composante religieuse — pourtant facultative.

Cette situation apparaît particulièrement paradoxale : l’État reconnaît d’un côté la valeur éducative, sportive et sociale de ces activités au point de les soutenir financièrement, mais refuse de l’autre que les dons privés destinés aux mêmes activités puissent bénéficier d’un traitement fiscal cohérent. Une telle approche revient implicitement à considérer qu’une dimension spirituelle facultative suffirait à disqualifier l’ensemble du projet, même lorsque les prestations principales répondent pleinement aux critères d’intérêt public reconnus par les autorités elles-mêmes.

De plus, il est particulièrement problématique que certaines évaluations de la dimension cultuelle de l’activité se fondent sur des critères secondaires — tels que le langage utilisé, les termes religieux employés dans la communication ou la motivation des personnes impliquées — plutôt que sur l’impact concret de l’activité pour la société.

Pourtant, des critères objectifs reconnus existent déjà pour évaluer l’utilité publique. Sont notamment pertinents :

  1. l’activité dans l’intérêt général : utilité concrète pour le bien commun ;
  2. l’ouverture du cercle des bénéficiaires : accès ouvert à tous et non réservé aux membres d’une même communauté religieuse ;
  3. le caractère désintéressé : esprit de sacrifice, bénévolat, absence de buts lucratifs etc.

Ces critères devraient être au centre de l’évaluation — et non la question de savoir si une organisation justifie son engagement par des motivations religieuses ou utilise des éléments spirituels dans sa communication.

Audition auprès de l’Administration fédérale des contributions

Dans ce contexte, l’Administration fédérale des contributions (AFC) a invité le 21 avril 2026 des représentants de communautés religieuses reconnues et non reconnues à une audition. Cette démarche fait suite à un postulat déposé par le conseiller national Marc Jost (PEV), transmis par le Conseil national au Conseil fédéral, afin d’analyser les différentes pratiques cantonales et d’examiner un éventuel besoin d’action.

Avec le soutien de Christian Public Affairs, Freikirchen.ch a transmis en amont un document d’analyse détaillé. Celui-ci met en évidence que certaines autorités cantonales continuent de s’appuyer sur des interprétations erronées et que, dans au moins huit cantons, le droit fiscal n’a toujours pas été adapté, malgré un assouplissement des règles applicables aux fondations et associations entré en vigueur… il y a déjà vingt ans.

Par ailleurs, un sondage mené par le Réseau évangélique suisse a permis de documenter de manière plus précise les pratiques actuellement appliquées dans les différents cantons à l’égard des Églises et des œuvres, confirmant l’existence de disparités importantes selon les administrations fiscales concernées.

CPA se félicite donc que l’AFC ait entendu les acteurs concernés et ouvert la discussion sur une interprétation cohérente du droit fédéral applicable dans toute la Suisse.

Notre objectif à moyen terme : une nouvelle circulaire de l’AFC

À court terme, CPA et les organisations partenaires voient un réel potentiel dans une nouvelle circulaire de l’AFC qui permettrait de clarifier et d’harmoniser l’interprétation du droit actuel à l’échelle suisse.

Selon nous, les points suivants devraient notamment être précisés :

1. Reconnaître l’utilité publique malgré la présence d’éléments religieux

Une exonération fiscale pour des buts d’utilité publique devrait rester possible même lorsqu’une organisation exerce certaines activités religieuses ou comporte des éléments religieux, pour autant que le caractère d’utilité publique demeure clairement prédominant.

2. Une comptabilité séparée plutôt que des structures artificiellement dédoublées

Les organisations à buts mixtes ne devraient pas être contraintes de créer des personnes juridiques distinctes. Une comptabilité séparée transparente et traçable devrait suffire.

3. Utiliser des critères objectifs pour distinguer culte et utilité publique

La distinction entre activité cultuelle et activité d’utilité publique devrait être effectuée sur la base de critères objectifs — notamment l’utilité pour la collectivité — et non principalement sur la base de la communication religieuse ou des motivations invoquées.

À long terme : ouvrir une réflexion de fond sur la déductibilité des activités cultuelles

Au-delà des questions actuelles d’interprétation, une interrogation de fond se pose également : est-il encore justifié aujourd’hui d’exclure en principe les dons destinés à des activités cultuelles de toute déductibilité fiscale ?

Les communautés religieuses apportent une contribution importante à la cohésion sociale, au bénévolat, à l’intégration et à la stabilité de la société. De nombreuses études scientifiques montrent également un lien positif entre religiosité, capital social et engagement volontaire.

Dans ce contexte, il apparaît légitime de réexaminer de manière critique la distinction actuelle entre buts cultuels et buts d’utilité publique — en particulier lorsque les activités religieuses génèrent une réelle valeur ajoutée pour la société.

CPA continuera à s’engager avec ses partenaires en faveur de conditions-cadres équitables, cohérentes et adaptées aux réalités actuelles.

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